2ème épisode

Éric Adamkiewicz : « Conter la montagne… ne pas compter les clients »

Éric Adamkiewicz est maître de conférence en management du sport et développement territorial (faculté du sport et faculté d’économie de Toulouse, Sciences-Po Grenoble) a aussi été directeur de l’Office du tourisme des Arcs et gestionnaire des stations de ski de la Drôme. Il pose son regard aiguisé et documenté sur la question du tourisme et les problématiques des stations de ski.

 

  S’il ne fallait retenir que 3 points de cet épisode voici ce qui nous a marqué : 

  • Les plans nationaux et régionaux pour la montagne ne sont pas à la hauteur des enjeux.
  • Les lits froids (occupés moins de 3 semaines par an) représentent 50% des lits en montagne en France.
  • S’intéresser au client ! C’est essentiel, évident, et pourtant on ne l’écoute pas assez.

Son avis sur le mot transition 

“Pour moi la transition c’est de passer d’un état à un autre. Aujourd’hui en raison du dérèglement climatique, mais pas seulement, on se rend compte qu’il y a une baisse de fréquentation depuis plus de 20 ans. La transition ou les transitions sont nécessaires… Or aujourd’hui on commence à envisager que bientôt il va être nécessaire de considérer qu’une transition pourrait être possible.” Ironie mise à part, pour le moment on est loin d’assister à des actions décisives ! 

 

L’absence de cohésion autour des enjeux

“La transition est un sujet qu’on aborde mais tout le monde ne part pas du même point et n’a pas les mêmes échéances. On ne va pas pouvoir faire émerger les mêmes  propositions puisque très souvent on ne partage même pas le diagnostic. »Au regard des études sur le climat de l’INRA : il n’y aura plus de neige en 2050” mais “Il y a une accélération du dérèglement climatique donc les échéances théoriques proposées sont pourraient être déjà dépassées”. “L’urgence est perçue par certains alors que d’autres considèrent qu’elle sera à traiter d’ici 20 ou 30 ans”.

“Depuis 1967 on a les éléments scientifiques qui prévoient un dérèglement climatique, informations scientifiques avec lesquelles on a fait globalement rien ou très peu.”

Plan montagne Aura
source : https://www.auvergnerhonealpes.fr

Et les stations dans tout ça ?

“Très peu de gens lisent ce qui est produit par la recherche universitaire. On peut produire de la connaissance, de la réflexion, du questionnement, parce que la recherche est là pour questionner plus que pour apporter des réponses. Mais ça n’est pas écouté, pas pris en compte.” Et notamment on oublie un peu trop souvent le client : “Il y a un grand nombre de clients qui se posent la question de l’intérêt de la pratique du ski, une partie d’entre eux se disent qu’une transition va être une nécessité. Mais la grande difficulté est : comment la met-on en oeuvre ?”. 

La transition ne peut s’imaginer qu’au cas par cas

“Chaque territoire va devoir inventer sa propre mutation, en fonction de ce que veulent les gens pour vivre à l’année, travailler. On ne peut plus raisonner uniquement en croissance de nombre de clients, avec des éléments qui risquent de dégrader donc d’altérer le futur. C’est pour ça que les acteurs locaux, même ceux qui vivent du tourisme, commencent à dire qu’on risque d’aller dans le mur. Et c’est important d’écouter parce que ce ne sont pas des gens hors-sol, ce sont des habitants locaux.”

L’activité touristique aujourd’hui

“Il y a trop de lits, notamment de lits froids. On continue à construire ce qui n’a aucun sens et en plus on va vers de la montée en gamme, donc on cherche une clientèle étrangère principalement. Aucune station n’est remplie à 100% quel que soit le moment dans la saison”. En fait les chiffres sont biaisés : quand on communique sur 90% d’occupation, c’est calculé sur les 50% de lits commercialisés donc on est jamais complet. Il n’y a pas de contrôle ni de maîtrise des prix, on continue à construire sans se poser la question du modèle. On est sur un modèle économique saisonnier qu’on ne sait pas transformer et aligner sur 12 mois. La station 4 saisons  est un fantasme. Plutôt que saucissonner par saison, il faut plutôt considérer qu’il y a des périodes denses et des périodes moins denses et la question c’est comment on arrive à organiser les flux de touristes parce que ça crée des bouchons et des distorsions pour les habitants.”

Et l’État dans tout ça ?

“L’État a laissé les territoires responsables de leur développement – ou plutôt de leur massacre – local. Les hôpitaux, les gendarmes, les écoles, tous ces services qui permettent aux stations de fonctionner à l’année ne sont pas traités. Autant l’État a impulsé le développement des stations, autant aujourd’hui, de mon point de vue, non seulement il n’accompagne pas bien les territoires mais il laisse la situation se dégrader. C’est dur pour moi, à la lecture du plan avenir montagne et même du plan mobilité, de constater que les propositions ne sont pas à la hauteur des enjeux. La région Auvergne Rhône-Alpes poursuit le soutien à la neige à tout prix. La transition n’est pas leur objectif”

Pour conclure : “il faut arrêter de compter les clients pour conter les territoires de montagne. Il faut vendre l’air pur, la nature et leur expliquer comment on va se préparer pour l’avenir.”

En savoir plus sur : 

Le plan montagne du gouvernement

Le plan montagne de la région Auvergne Rhône-Alpes

Le plan départemental de la Haute-Savoie pour la montagne